Je suis maintenant rendue à la moitié de mon stage! Je dois dire que concrètement, c’est difficile de décrire tous les projets sur lesquels j’ai travaillé. Beaucoup sont volatiles, et certains ne se sont pas réalisés, par manque d’organisation et de ressources de la part de l’organisme pour lequel je travaille, LaNeta.
Par exemple, la fin de semaine dernière avait lieu une foire d’organisations qui luttent contre la violence faite aux femmes. L’idée était de souligner le Jour international de l’élimination de la violence faite aux femmes et aux filles, le 25 novembre, par un grand rassemblement d’ONG afin de sensibiliser la population. L’événement en tant que tel s’est très bien déroulé, mais la préparation a été des plus ardues. J’étais chargée d’élaborer le contenu et la mise en place du kiosque de LaNeta, ce qui n’est pas une mince tâche. J’avais dessiné un kiosque tout à fait interactif et pensé à un contenu qui va au-delà de la victimisation des femmes, ce qui me tombe franchement sur les nerfs. Je pense qu’il faut observer la situation de la violence envers les femmes d’un point de vue davantage actif que passif. Par exemple, il ne s’agit pas seulement de décrire les symptômes et les recours, mais de réfléchir à nos valeurs, à nos perceptions et aux moyens d’action afin de dénoncer et agir contre la violence.
J’ai fait la recherche nécessaire, et même la rédaction en espagnol! Malheureusement, je dois dire que j’ai eu très peu d’appui. D’abord, de ma patronne, Olinca, et ensuite, de ma collègue de travai avec qui je devais réaliser ce projet. Sans entrer dans les détails, on a évité le fiasco de près. Mon attitude, depuis que je suis arrivée, a été d’observer davantage que de commenter, et de m’adapter le plus possible à leur manière d’agir. Je ne désirais surtout pas imposer ma rigueur et mes perceptions d’étrangères dans mon nouveau milieu. Par contre, je suis arrivée au constat que j’aurais dû faire les choses à ma manière, tout simplement parce que les gens ici ne respectent JAMAIS les échéanciers qu’ils se fixent. Alors, on stresse, on bâcle le travail, et au bout du compte personne ne semble content. Et croyez-moi, ce n’est pas un cas isolé. Cette situation se répète, c’est désolant.
Par exemple, mon organisation n’a pas le sens du marketing pour un centavo (cent), alors je leur ai proposé de concevoir un dépliant afin de promouvoir notre campagne sur les femmes et les TIC (Technologies de l’Information et des Communications, l’Internet par exemple). Ce dépliant pourra être distribué lors de la foire sur la non-violence, et aura sûrement un bon impact. Olinca me dit que c’est une excellent idée. Je fais appel à mon ami Daniel pour qu’il me donne un coup de main avec Photoshop, et nous travaillons fort sur ce projet. Ensuite, je le présente aux membres du comité de la campagne. Ils me disent, excellent travail, très bien réussi.
Alors, je m’apprête à faire imprimer le dépliant, puis je me rends compte qu’ils veulent y faire des changements. Il est un peu tard, mais j’accepte de changer quelques trucs. Pire, ils ne me disent même pas tous les changements d’un seul coup, ils attendent quelques jours, puis m’envoient d’autres corrections (seulement de la grammaire!!!). Je leur fais comprendre qu’il faudrait se grouiller, sinon nous n’aurons pas le temps de tout faire imprimer avant le jour de la foire. Ensuite, ils me conseillent un imprimeur qui, finalement, n’existe pas. Le temps file et je suis bien fâchée de ne pas recevoir d’appui valable. Je leur fais comprendre que ce n’est pas à moi, une étrangère, de trouver un endroit pour faire imprimer des dépliants pour leur organisation. Je ne connais pas suffisament la ville pour savoir où aller, pas plus qu’en regardant dans le bottin je n’aie aucune idée de l’emplacement des imprimeurs. De plus, avec mon accent de gringa, ils vont me charger plus cher, c’est sûr. Je fais quand même le tour de la ville (littéralement) pour trouver une solution, mais en fin de compte le délai est trop court. Alors, je réalise que d’imprimer les dépliants pour la foire sera impossible!
Je rage, parce que j’ai travaillé très fort sur ce projet, et ce, dans l’inaptitude la plus totale de mes collègues de m’aider. Tout ce que ma patronne trouve à dire, c’est à quel point c’est dommage que nous n’ayions pas les dépliants pour la foire! Tout de même, je me résigne à les faire imprimer pour nos événements suivants, les ateliers que nous donnerons cette semaine à San Cristóbal de las Casas, au Chiapas, et la semaine prochaine à Oaxaca. J’entre les corrections qu’ils avaient “oublié” de me donner (sigh), et je prends à part Estela, la réceptionniste du bureau. Je lui dis: “Toi, tu vas appeler les imprimeurs. J’ai ici un bottin, bonne chance et amuses-toi bien”. Je ne leur ai pas donné le choix, parce que sinon ils te laissent tout entre les mains sans bouger le petit doigt. Après plusieurs appels et négociations, nous obtenons un prix tout à fait raisonnable, que nous proposons à Olinca.
Alors, c’est la goutte qui fait déborder le vase: elle ne veut pas payer, même un prix dérisoire! Je lui propose de couvrir une partie des frais, puisqu’Alternatives me donne un peu de budget pour ce genre de projets. Elle refuse. Alors, je fulmine, et je lui dit que si elle ne voulait pas investir, elle n’avait qu’à le dire avant, au lieu de me faire gaspiller des heures de travail et de l’énergie!
Vous voyez, c’est ce genre de situation qui est frustrante ici: les gens ne s’organisent pas bien, et quand ils te confient un projet, ils ne prennent pas d’initiatives, ils te fouttent tout entre les mains, merci bonsoir. Et quand on leur demande une information, des corrections, un peu d’aide, tout tarde tellement, que finalement on est mieux de le faire soi-même.
Enfin, ceci n’est qu’un exemple, il y en aurait pas mal d’autres comme celui-là. Mais somme toute, ce n’est pas mon problème si leurs projets échouent ou ne se réalisent pas à leur pleine capacité. En attendant, je continue d’apprendre beaucoup, sur la culture, la technologie, les logiciels, et mes propres limites. Je suis très stimulée par les thèmes sur lesquels je travaille, et j’aurai de quoi poursuivre mes recherches rendue à Montréal. J’ai des idées de maîtrise qui trottent dans ma tête…
Je vous laisse sans nouvelles pour deux semaines, ne vous inquiétez surtout pas. Je pars ce dimanche pour une semaine à San Cristóbal de las Casas, dans les montagnes du Chiapas, une des régions les plus autochtones du pays. C’est le foyer des Zapatistas et du mouvement EZLN. Je vais y donner un atelier pendant trois jours, et je vais visiter la ville et les ruines mayas de Palenque. La semaine suivante, je pars directement pour Oaxaca, autre région autochtone du pays. Là aussi je donnerai un atelier, pour ensuite visiter un peu la ville et ses marchés. Je reviendrai au bercail le 15 ou le 16 décembre. J’aurai dans mes bagages beaucoup de photos et des souvenirs magnifiques, puisque ces deux régions produisent le plus bel artisanat du pays. Je pars seule, bien que je serai accompagnée de collègues de travail durant les ateliers. Pour être franche, ça me fait du bien de m’évader du monstre D.F. pour plus que deux jours… Je vais me gorger de soleil, de l’air frais des montagnes, et des couleurs vibrantes du Mexique!


